Influences
de la loi du 4 mars 2002 sur les pratiques
professionnelles
INTRODUCTION
La loi n° 2002-303 du 4 mars 2002 relative
aux droits des malades et à la qualité du systèmes de
santé fait évoluer de façon notable les conditions
d'exercice des professionnels de santé. De nombreuses dispositions
régissant les activités de soins modifient le droit antérieurement
en vigueur et suscitent de nouvelles obligations. Par l'ampleur de ses perspectives,
cette loi ne laisse aucun domaine hors de son champ d'application. Elle
concerne directement l'ensemble des catégories du personnel hospitalier,
dans la diversité de leurs missions et compétences au
service de la personne malade et de ses proches.
Matériels et méthode
L' enquête nationale intitulée "loi
du 4 mars 2002-titre II et IV: quelles influences sur les activités
de soin à l'hôpital?" a
été diffusée durant l'été 2003 dans tous
les hôpitaux publics et privés participant au service public
hospitalier.Les partenaires de l'Espace éthique /AP-HP de cette initiative
sont: le dépt de recherche en ethique Paris-Sud 11/AP-HP, la fédération
hospitalière de France, la Fédération des établissements
hospitaliers et d'assistance privés à but non lucratif , l'Espace
éthique méditerranéen /AP-HM et le laboratoire d'éthique
médicale, de droit de la santé et santé publique Necker.Les
7000 questionnaires ont été transmis aux directions des différents
hôpitaux puis diffusés à l'intérieur de ces mêmes
structures à différents services médicaux , médico-techniques
et administratifs.De façon générale, les directions ont
choisi de diffuser ces questionnaires aux représentants des divers
corps professionnels concernés.
L'espace éthique/AP-HP a reçu 3000 réponses.
ci-dessous l'analyse intermédiaire concernant 655 questionnaires.Rien
ne laisse présager que ces 1 ers résultats seront conformes
à ceux que nous obtiendrons à la fin du dépouillement
prévu fin 2004.Cependant, des tendances statistiques, parfois significatives
pour l'échantillon étudié, sont suffisamment intéressantes
pour évaluer l'influence sur les pratiques de
la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité
du système de santé, plus de 2 ans après son adoption
par le parlement.
Premiers résultats
population étudiée: les professionnels de santé
ayant répondu sont, pour 49% d'entre eux, des médecins.
30,7% des cadres infirmiers ou cadre de santé.
5,9% des professionnels de santé appartenant à l'administration.
La variété des activités professionnelles concourt à
l'expression des diverses visions sur cette loi.
Ont répondu également:
3,8% de chirurgiens,
2,3% d'infirmiers,
2,3% de sages-femmes,
1,1% de juristes et enfin des aides-soignants, des associatifs, des cadres
pédagogiques, des assistances sociales, des ergotherapeutes, des pharmaciens,
des psychologues, des techniciens de labo...
En ce qui concerne la loi du 4 mars 2002, 2,7% des enquêtés affirment
ne pas du tout connaître son contenu, 42,3% le connaître mais
sans en savoir lu précisément le contenu.Enfin, 55,1% disent
en revanche, avoir lu le texte de la loi.
L'information de la personne malade.
l'information par le soignant.
Pour 60,1% des enquêtés, l'attention qu'ils portent
à l'information de la personne malade n'a pas changé du fait
de la loi.En revanche, 30,8% d'entre eux disent porter une attention différente
à l'information de la personne malade du fait, précisément,
de la loi.Enfin, 9,3% des enquêtés disent avoir évolué
dans l'attention qu'ils portaient à l'information, cela pour d'autres
raisons.Parmi celles-ci, notons l'instauration d'une démarche personnelle
ou institutionnelle (ayant précédé la loi du 4 mars 2002)
respectivement pour 19,3% et pour 22,8% ( d'entre les professionnels ayant
porté une attention différente à l'information pour une
autre raison que la loi du 4 mars 2002 ), la réponse à unedemande
de + en+ importante émanant des personnes malades pour 15,8%, une attention
surtout portée sur l'écrit pour 7%, le constat d'une certaine
"judiciarisation "des pratiques pour 3,5%des enquêtes.
La loi du 4 mars 2002 précisant, comme indiqué dans l'article
L.11 11-2 du code de santé publique, que "l'information
incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences
" , nous avons demandé à ces mêmes professionnels
de santé si, au sein de leur équipe, le rôle de chacun
concernant l'information de la personne malade établi de manière
explicite.51,3% des personnes nous ont répondu positivement,tandis
que 36% negativement.Sur notre échantilllon, la différence apparaît
de façon significative.Parmi les précisions apportées
par les enquêtés, notons les éléments suivants:
le rôle de chacun est formalisé, soit par écrit (11,6%),
soit par oral(4,6%). Ce n 'est pas le cas par écrit pour 24,1% des
enquêtés.Il existe par ailleurs un rappel régulier des
rôles de chacun pour 4,5% des personnes interrogées.D'autres
nous indiquent que le rôle d'information de la personne malade incomberait
au médecin seul(17,4%) ou que le rôle de chacun n'est pas formalisé
mais qu'il s'adapte en fonction des compétences de chacun des membres
de l'équipe de soin(50,2%), enfin que cette complémentarité
est parfaitement revendiquée pour 2,5% des enquêtés ou
même que le rôle est formalisé sur quelques sujets(3,3%).
L'obligation d'information avant tout acte ou investigation suppose de prendre
en compte de nombreux éléments tels l'information sur les risques,
les éventuels bénéfices, les conséquences prévisibles
en cas de refus ou les alternatives.Les 2 principales modalités d'information
-orale et ecrite- sont utilisées de façon diverse par les professionnels.
Pour ce qui concerne l'obligation d'information avant
toute investigation, 77,1% des professionnels informent toujours oralement
de l'utilité de cette investigation, tandis qu'ils ne sont que 7,1%
à le faire toujours par écrit, plutôt enclins, pour 42%
d'entre eux, à ne jamais le faire.75,5% des professionnels affirment
toujours informer oralement des conséquences prévisibles en
cas de refus de l'investigation, tandis qu'ils ne sont que 15,5% à
le faire toujours par écrit, 36,6% n'informent jamais selon cette modalité.58,4%
des professionnels informent toujours oralement des risques que comporte l'investigation
tandis qu'ils ne sont que 8,8% à le faire par écrit.64,5% des
professionnels informent toujours oralement des conséquences prévisibles
de sa réalisation, tandis qu'ils ne sont que 7,6% à toujours
informer par écrit, plutôt enclins à ne jamais l'entreprendre
pour 42,7% d'entre eux.
61,3% des professionnels informent toujours oralement des alternatives d'investigation.Ils
ne sont seulement que 5,2% à le faire par écrit, 49,5% ne le
font jamais par cette voie.Enfin, 78,1% des professionnels informent toujours
oralement du degré d'urgence de sa réalisation, 6,6% le font
par ailleurs toujours par écritmais 49,2% jamais.Les quelques précisions
apportées sur cette obligation d'information avant toute investigation
caractérisent des tentatives de notification écrite ou de "fiche
de consentement éclairé"pour 26,6%.On relève aussi
que l'information précédant l'investigation incomberait au médecin
seul(24,4%), que cette information dépend de la nature même de
l'examen (19,4%), que cette obligation parait bien instituée dans certaines
spécialités comme la génétique ou la recherche
(8,3%); 6,9% des personnes interrogées considèrent que le courrier
au médecin traitant participe à cette obligation;8,1% précisent
que la capacité de discernement ou de compréhension varie suivant
les personnes malades et qu'il est dès lors difficile d'adopter une
information homogène pour tous les malades et notamment pour des situations
pathologiques ou l'état de conscience n'est pas ou peu compatible avec
la bonne réception d'une information.6,9% des professionnels nous indiquent
que l'on expérimente diverses modalités de l'écrit dans
les services, enfin d'autres renvoient la personne malade aux informations
disponibles sur Internet.
Pour ce qui concerne l'obligation d'information avant tout acte ou prescription,71,3%
des professionnels informent toujours oralement des bénéfices
escomptés de cet acte ou de cette prescription, tandis qu'ils ne sont
que 5,7% à informer par écrit, 48,9% ne le faisant jamais.55,1%
des professionnels informent toujours oralement des risques éventuels
d'un acte, 8,4% le font également toujours par écrit, 43,7%sont
plutôt enclins à ne jamais le faire selon la modalité.63,5%
des professionnels informent toujours oralement des conséquences de
la réalisation d'un acte, 6,9% seulement le font également toujours
par écrit, 45,4% ne le font jamais selon la modalité.(...)
Parmi les précisions apportés par les enquêtés,
31,8% rappellent, comme précédemment, que selon eux, les informations
de ce type incombent uniquement au médecin, 24,7% soulignent que l'état
de conscience a un impact important sur la manière d'informer et la
quantité d'informations, 15,3% rappellent que la capacité de
discernement varie suivant les personnes malades, appelant consécutivement
à une approche personnalisée de l'information, 14,1% font état
de l'existence de notification écrite, de "fiche de consentement
éclairé", 5,9% d'essais sur l'écrit; enfin 9,4%
rappellent que cette obligation est déjà instituée dans
les domaines de la génétique et de la recherche.Par ailleurs,
comme pour l'investigation, certains soignants invitent les personnes malades
à se renseigner sur internet (2,3%).
Cette "obligation d'information" avant tout acte ou tout investigation
n'est pas sans entrainer des difficultés dans sa mise en oeuvre.Parmi
ces difficultés, notons de façon prédominante: le manque
de temps et le manque de moyens pour 31,4% des professionnels intérrogés,
l'incertitude quant à la compréhension du patient pour 28,1%,
certains états de santé (vulnérabilités) qui constitueraient
des barrières effectives à la communication (11,1%), l'obligation
d'information qui renforcerait l'anxiété des patients (10,1%),
l'information qui pourrait être plus nuisible que bénefique pour
laquelle il est nécéssaire d'adapter l'information (4,6%), l'absence
de protocoles d'information écrits.(...)