R ôle des désinfectants sur les virus et leur intérêt dans la prévention de la transmission des infections virales Silvina RAMELLA VIRIEUX Laboratoire Hémodia Sagal
La désinfection des circuits de dialyse doit répondre aux impératifs suivants:
- être rapide de façon à assurer une décontamination et une désinfection entre deux patients afin optimiser l’utilisation des postes de dialyse ;
- garantir l’innocuité vis à vis du matériel ;
- utiliser des produits d’un rinçage aisé et qui peuvent se détecter à l’état de traces ;
- utiliser des produits compatibles avec les éléments du sang.La désinfection est l’action consistant à détruire les micro-organismes présents sur une surface inerte, en plaçant ces derniers au contact d’un milieu hostile (désinfectant) durant un temps donné, et ceci sans nuire au support ni au personnel manipulant.
Le résultat est momentané car la désinfection est le plus souvent limitée au temps de la procédure ; dès la fin de cette dernière, il peut avoir de nouveau contamination.
La destruction des micro-organismes signifie que les désinfectants ont une action bactéricide, virucide et fongicide.
Après une procédure de désinfection bien respectée, il y a :
- réduction d’un facteur de 100 000 bactéries en 5 minutes (5 log) ;
- réduction d’un facteur de 10 000 fungi en 15 minutes (4 log) ;
- réduction d’un facteur de 10 000 virus en 1 heure (4 log) .
Ces objectifs sont précisés plus spécifiquement, selon l’usage des produits, par les normes européennes.
Les paramètres influençant la qualité de la désinfection sont :
- le niveau de propreté macroscopique du support à désinfecter ;
- le choix du produit désinfectant ;
- le temps de contact du désinfectant en fonction des objectifs fixés ;
- le respect des procédures par les opérateurs.
La composition des désinfectants pour acquérir les propriétés recherchées est déterminée par le choix judicieux des trois sortes de constituants :
- un ou plusieurs principes actifs : substances chimiques connues pour leur activité destructrice vis à vis des bactéries, des spores, des champignons et des virus.
- un ou plusieurs excipients ou adjuvants : substances chimiques dépourvues de propriétés germicides mais conférant des propriétés particulières : nettoyant, solubilisant, anticorrosion.
- un solvant le plus souvent aqueux ou alcoolique.
Le rôle des désinfectants sur les virus est déterminé par leur mécanisme d’action et l’évaluation de l’activité virale dans les conditions d’utilisation.
Les principes actifs qui sont la base des formulations commercialisées des désinfectants, relèvent d’une douzaine de familles chimiques (oxydants, dérivés phénoliques, aldéhydes, ammoniums quaternaires, amphotères antimicrobiens, métaux lourds, chlorhexidine, acides, alcools, ..)Les principes actifs peuvent être classés en trois groupes selon leur mécanisme d’action sur les virus. Ils peuvent agir :
- par dénaturation: altération de la structure physiologique des
protéines et lipides ;
- par réaction : formation ou destruction des liens covalents ;
- par oxydation : augmentation de la valence positive des C, S ou N.
Les alcools, comme l’éthanol, dénaturent les protéines en présence d’une petite quantité d’eau. Ils sont bactéricides à des concentrations supérieures à 70 % v/v mais ils satisfont partiellement aux normes AFNOR. Ils ne sont pas actifs sur les formes sporulées des bactéries. Leur action sur certains virus a été mise à profit lors des procédés de fabrication des vaccins en vue de limiter le risque de transmission virale.
Les ammoniums quaternaires doués de propriétés anti-microbiennes appartiennent à la famille des tensioactifs cationiques. Ces composés chargés positivement, sont rapidement absorbés par les groupements chargés négativement qui sont présents à la surface du micro-organisme. Cette fixation entraîne une modification de la perméabilité membranaire et selon la concentration, soit une inhibition des protéines enzymatiques, soit une dénaturation des lipoprotéines et une désorganisation des structures membranaires. Ces composants sont bactéricides sur une très large variété de germes, et la plupart possède des propriétés virucides. De nombreux facteurs (protéines, dureté de l’eau, pH...) influencent leur activité dans des proportions variables selon le type d’ammonium quaternaire.
L’acide peracétique appartient à la famille des oxydants. Il possède un pont peroxyde comme l’eau oxygénée. L’activité germicide est due au pouvoir oxydant de l’acide peracétique qui détruit les protéines structurales et enzymatiques. Les solutions diluées sont virucides selon l’AFNOR à des concentrations variables, le pH et les stabilisants ayant une grande influence sur les résultats.
Le chlore appartient à la famille des halogènes. L’acide hypochloreux HClO serait le principe actif doué d’activité anti-microbienne du chlore et des produits chlorés. L’activité anti-microbienne est due au pouvoir oxydant de HClO qui détruit les protéines structurales et enzymatiques. L’activité est fonction du pH.
La chlorhexidine appartient à la famille des biguanides. A faible dose elle entraînerait une perte des constituants cytoplasmiques et à forte dose une précipitation des protéines et des acides nucléiques. Les solutions sont bactéricides à partir d’une concentration qui reste difficile à déterminer. Elles ne seraient pas sporicides et fongicides et n’auraient pas d’action sur les mycobactéries, ni sur le virus à l’exception du virus de l’immunodéficience acquise et des virus de l’herpès.
L’iode appartient à la famille des halogènes. L’iode sous forme moléculaire est capable de pénétrer rapidement la membrane cellulaire. Son activité est due à son pouvoir oxydant comme les autres halogènes. Il est bactéricide (quelque soit le pH), virucide et fongicide mais pas sporicide.
Le formaldhéhyde fait partie de la famille des aldéhydes. Leur activité s’explique par l’action réductrice des aldéhydes. Elle conduit à la dénaturation des protéines et provoque l’alkylation des macromolécules (acides nucléiques). L’activité du formaldéhyde gazeux est bactéricide, sporicide, fongicide et virucide à des concentrations faibles. Les solutions de formaldéhyde sont bactéricides selon l’AFNOR à des concentrations de 30 %. L’association avec d’autres principes actifs permet d’obtenir une activité bactéricide, sporicide, fongicide et virucide avec des concentrations beaucoup plus faibles en formaldèhyde.
Le glutaraldéhyde fait partie de la famille des aldéhydes. L’activité s’explique par l’action réductrice des aldéhydes. Elle conduit à la dénaturation des protéines et provoque l’alkylation des macromolécules (acides nucléiques). Les solutions de glutaraldéhydes sont bactéricides, sporicides, fongicides et virucides à des concentrations de 1 à 2.5 %.
Le peroxyde d’hydrogène ou eau oxygénée et le permanganate de potassium appartiennent à la famille des oxydants. Le principe actif est l’oxygène. Le mécanisme d’action des oxydants n’est pas connu avec certitude. Différentes étapes pourraient intervenir pour rendre l’eau oxygénée, dérivé produit naturellement par la cellule, réactive vis à vis des protéines et des constituants essentiels de la cellule. Les oxydants sont actifs sur des nombreux micro-organismes : bactéries, champignons, virus et spores. Cependant, ils ne sont pas anti-microbiens dans les conditions de l’AFNOR.
La polyhexanide appartient à la famille des polymères de béguinage. Elle est fixé à la paroi bactérienne provoquant des lésions irréversibles, et la destruction de la membrane. Les solutions sont bactéricides et fongicides mais à concentration variable. Elle n’est pas virucide ni sporicide.
Cependant, pour évaluer l’efficacité de la désinfection virale dans les circuits d’hémodialyse, il faut tenir compte des 2 aspects : les méthodes d’étude de l’activité virucide et le protocole d’utilisation.
La difficulté majeure rencontrée dans tous les processus de désinfection réside dans le fait qu’il est difficile et coûteux d’évaluer les résultats. Dans la pratique, l’évaluation de la désinfection virale porte sur la rigueur d’application d’un protocole d’utilisation validé.
Les méthodes d’étude de l’activité virucide sont déterminées par les normes ou des essais non normalisés.
Une norme est un document élaboré par des spécialistes qui définit des spécifications techniques.
Elle constitue pour les utilisateurs une sérieuse référence technique.
L’AFNOR propose 2 normes virucides:
- La NFT 72 180 permettant d’apprécier une inactivation d’au moins 99.99 % des virus vertébrés les plus couramment rencontrés.
- La NFT 72 181 permettant d’apprécier une inactivation d’au moins 99.99 % des bactériophages de différentes espèces choisies comme modèle viral.
Le principe de ces techniques est de mettre en contact les suspensions virales pendant 15, 30 et 60 minutes ou les suspensions bactériophages pendant 15 minutes à une température déterminée(20 °C) avec le désinfectant à la concentration d’utilisation ou diverses concentrations si celle ci n’est pas connue. Puis on titre la suspension virale ou les bactériophages après avoir arrêté par dilution ou élimination l’activité virucide du désinfectant.En plus, des autres méthodes non normalisées sont utilisées afin d’évaluer l’activité antivirale sur des virus spécifiques comme le virus de l’Hépatite B , Hépatite C ou HIV.
Des essais ont permis de déterminer l’activité antivirale des désinfectants sur le virus VHB : agent étiologique de l’Hépatite B. L’activité désinfectante est déterminée sur la souche de référence : DVHB (virus de l’Hépatite B du canard). Ce virus, étroitement apparenté, au virus humain a été validé comme un des virus modèles de référence pour tester l’inactivation du VHB dans les produits sanguins.
Des essai ont permis de déterminer l’activité antivirale des désinfectants sur le virus VHC : agent étiologique de l’Hépatite C. L’activité désinfectante est déterminée sur la souche de référence : VHC : un sérum humain positif pour le virus VHC d’un titre de 107 Eq/ml.
En fin, des essais ont permis de déterminer l’efficacité des désinfectants sur le pouvoir infectieux du virus HIV 1 (agent étiologique du S.I.D.A.). L’activité désinfectante est déterminée sur la souche de référence (HTLV III B).
Journal de l'Association des Techniciens de Dialyse
Copyright ATD Infos - N°19 - 2003
|